A propos de la marginalisation de la CGT au sein de la société Dalkia
Cher Patrick, comme promis, je réponds à ton interrogation concernant les raisons de la marginalisation de la CGT après les élections
professionnelles qui se sont déroulées en Ile de France. Saches que tu n’es pas le premier et tu ne seras sans doute pas le dernier à nous interroger sur ce résultat. Sans chercher à m’immiscer
dans les affaires internes de ce syndicat, j’ai tenu à donner mon point de vue, à titre tout à fait personnel, sur cette débâcle très dommageable pour les salariés de l’entreprise et pour les
(rares) sympathisants et militants de base qui comme nous sont attachés au syndicalisme de lutte de classe, indépendant de l’employeur. Je le fais pour montrer la nocivité du syndicalisme
d’accompagnement qui pollue le paysage syndicale de l’entreprise et décrédibilise les Institutions Représentatives du Personnel. Je veux également montrer comment ce type de syndicalisme, sous
couvert de la présomption de représentativité dont il bénéficie, contribue activement à l’asservissement des salariés en participant à la liquidation progressive de leurs acquis et de leurs
droits. En effet, sa seule activité réelle et effective est de s’asseoir à la table des négociations (organisées exclusivement à l’initiative de l’employeur) qui se déroulent dans un huit clos
feutré et dans l’ignorance totale des salariés.
« Les faits ont la vertu de faire tomber les masques et c’est dans le malheur et
à l’étroit que se dévoilent le camarade et l’adversaire. »
Depuis notre regroupement forcé et provisoire au sein du CGT-E en novembre 2004, plus de 23 procédures judiciaires ont été conjointement engagées contre nous par la
Direction et par la CGT Dalkia (avec le soutien des autres
syndicats) pour contrer la représentativité du CGT-E et porter atteinte au contrat de travail et à l’intégrité morale de ses principaux militants.
Au-delà de ce harcèlement judiciaire dont nous nous interrogeons sur son financement, les animateurs de la CGT
Dalkia se sont littéralement fourvoyés dans une coalition anti-CGT-E
composée des organisations dites représentatives (FO, CFDT, CFTC, CGC) et du SLEC/UNSA, un syndicat maison créé de toute pièce par la direction.
En peu d’années d’existence, cette coalition s’est illustrée avant toute chose par la signature de plusieurs accords liquidant les
acquis obtenus dans l’entreprise par des décennies de lutte. Ces accords portent sur : la gestion des compétences(mutation forcée en fonction de la demande, flexibilité, travail en binôme…)le tutorat(précarisation de l’emploi des jeunes et pillage gratuit des connaissances des anciens)les nouvelles classifications(valorisation du poste de travail au détriment des connaissances, des compétences, et de l’expérience)les salaires( variablisation progressive des salaires par le blocage du salaire de base (partie fixe) et l’octroi de primes au mérite, aléatoires, liées à la performance
et à la réalisation d’objectifs)la
suppression progressive des primes conventionnelles liées à l’activité, la durée du travail(annualisation du temps de travail, modulation des horaires, etc.). A cela se
rajoutent le gaspillage des dotations des CE, la liquidation progressive de nombreuses activités socio-culturelles des comités d’établissements…et, au nom « du dialogue
social », la transformation des Institutions Représentatives du Personnel (IRP) en chambres d’enregistrement ou en assemblées de béni-oui-oui.
La compromission au service de la rente de situation
Ainsi, au sein de Dalkia et plus largement du groupe Veolia, la morale des moyens (statut particulier
réservé essentiellement aux délégués syndicaux : dispense d’activité totale ou partielle, détachement tacite -hors entreprise- dans les instances syndicales départementales ou nationales,
octroi régulier de pages de publicité dans les revues syndicales… flatteries, etc.) a permis l’émergence d’une aristocratie
d’élus et mandatés servile et revancharde à souhait.
L’imposture est d’autant plus douloureuse que le syndicalisme auquel se réfère cette « élite syndicale » plonge de plus en
plus ouvertement dans la trahison et la compromission. Une élite activement présente dans la conspiration visant à porter préjudice (dans leur vie professionnelle et privée) à nos militants les plus combatifs, à
celles et ceux qui sont restés fidèles aux valeurs originelles de la CGT dont ils sont issus, et aux principes fondamentaux du syndicalisme de lutte de classe et de masse.
Les faits sont là et les preuves avec. En deux ans, jamais répression syndicale n’a été aussi féroce au sein de Dalkia. Nombre de militants du CGT-E ont été
sanctionnés ou licenciés avec l’aval (vote au CE) quand ce n’est pas avec la complicité directe (délation) de la coalition. D’autres sont ouvertement discriminés.
Avec le soutien de la Fédération de la Construction dont le représentant attitré auprès de Dalkia entretient des liens très étroits avec la DRH de l’entreprise et du groupe
Véolia, les animateurs de la CGT Dalkia ont contribué
activement à cette répression. En effet, après avoir rejeté notre « appel permanant à travailler ensemble » (visible sur notre site depuis janvier 2006), ils ont fait du CGT-E leur adversaire principal au point de jouer les
délateurs et le bras armé de la direction à qui ils ont remis, directement ou indirectement, des archives de la CGT que nous animions à l’époque, et fourni des témoignages écrits pour des
procédures répressives contre nos militants. Pire encore, malgré nos mises en garde, ils auraient utilisé (Tribunal de Tours – juin 2007) des documents privés dérobés par le SLEC/UNSA après une opération de piratage de notre informatique et le détournement de
correspondances personnelles de nos militants… sans compter les campagnes de ragots et de calomnies organisées dans le cadre de prétendues réunions d’information syndicales.
Pour la constitution d’un font uni syndical au sein de Dalkia
Résultat : à l’exception de l’Etablissement du Nord / Pas-de-Calais où elle est littéralement portée à bras-le-corps par la
direction, la CGT est en phase de marginalisation dans l’entreprise. En attestent les dernières élections professionnelles de juin 2007 en Ile de France (principal établissement de Dalkia) où, pour la première fois depuis sa création dans les année 60, la CGT
n’a obtenu aucun siège au comité d’établissement… alors qu’en 2004, juste avant notre exclusion, la CGT détenait la majorité absolue et était la première organisation au niveau national.
Ainsi donc, la CGT a payé cash sa politique revancharde et sa honteuse participation à la coalition où ses élus (ils ne le sont plus
aujourd’hui) ont joué les porteurs d’eau ( !) du secrétaire du CE, l’unique élu SLEC-UNSA, désigné a ce poste au bénéfice de l’âge grâce à leur vote. Elle a payé son fourvoiement public avec la direction dans ses attaques contre le
CGT-E et ses militants devant les tribunaux, sur le terrain et dans les institutions représentatives du personnel. Le préjudice de cet échec patent, humiliant, est directement supporté par
les salariés. Pour autant, le CGT-E ne se réjouit pas de cette marginalisation. Son « appel permanent » reste toujours d’actualité pour peu que les (rares) militants de base de
la CGT, hostiles à la politique compromettante de ses animateurs, s’en saisissent afin qu’ensemble nous pussions bâtir un front syndical uni pour nous opposer au piège de la politique de
« dialogue social » du groupe Veolia et de ses filiales.
Principes bafoués, déontologie prud’homale piétinée
Autre fait condamnable. L’indigence politique est sans doute
l’ennemi de la raison et de l’honnêteté syndicale. En effet, malgré l’ampleur du désastre électoral, la Déléguée syndicale centrale de la CGT Dalkia, également conseillère prud’homale à la Section Industrie de Boulogne (92) poursuit sa cavalcade sur ce champ de mine. Ainsi, en violation flagrante des
principes élémentaires qui s’imposent à tout militant syndical qui se respecte et du code déontologique, réel ou tacite, qui dicte la conduite à tenir pour un conseiller prud’homal, elle a
officiellement soutenu la procédure de licenciement engagée, unilatéralement, par l’ex-secrétaire SLEC-UNSA
contre une salariée du CE à qui il reproche son appartenance au CGT-E… après avoir violé sa boîte émail personnelle et détourner sa
correspondance privée. Notre camarade étant également conseillère salariée à la section « Activités Diverses » aux Prud’hommes de Boulogne (92) ce dernier a fait une demande d’autorisation de licenciement auprès de
l’Inspectrice du travail de la 15e section de
Bagneux…
En effet, foulant au pied les principes rappelés plus haut, la Déléguée Syndicale Centrale de la CGT a témoigné, physiquement (son nom
apparaît également dans la demande écrite) contre notre camarade lors de l’enquête contradictoire de l’Inspectrice du travail. Dans son désir de « faire la peau » à notre militante elle
n’a pas réalisé que
1- pour engager une telle procédure le secrétaire aurait du disposer d’un mandat express du comité,
2- au moment de la saisine de l’inspectrice du travail, il n’était plus représentant du personnel (carence du CE entre les deux tours des élections
faute d’accord de prorogation des mandats),
3- de ce fait, il a commis un délit de « faux » dans le but de tromper l’autorité administrative au détriment d’un tiers…
Comment peut-on tolérer qu’une conseillère prud’homale (de surcroît CGT) puisse verser, impunément dans des actes de discrimination
syndicale et se fourvoyer dans une telle opération délictueuse ?
A ma connaissance, cette situation est inédite. En effet, de mémoire de syndicaliste, jamais un conseiller prud’homme, qu’il soit salarié ou employeur, n’a porté
témoignage contre un autre conseiller. Aussi, la dérive à laquelle nous assistons aujourd’hui dépasse tout entendement syndical. C’est pourquoi, je reste persuader que la déléguée syndicale CGT
(une pseudo syndicaliste de la dernière heure) n’est qu’une
potiche entre les mains de son mentor fédéral dont la mission est de liquider, en accord avec la direction, le syndicalisme de lutte au sein de Dalkia mais aussi dans les autres entreprises de la même branche d’activité (Elyo
– Suez-Lyonnaise des Eaux…)… sans doute au nom du dialogue social et des moyens qu’il recèle pour les aristocrates du syndicalisme d’accompagnement. C’est dans l’air du temps. On ne peut,
sans risque de tromper les salariés, s’allier à des élus licencieurs et à des syndicats-maison créés de toute pièce par l’employeur sans finir par leur ressembler.
Ainsi, les faits objectifs constituent la meilleure explication des raisons de la marginalisation (regrettable) de la CGT au sein
de Dalkia. Ils sont irréfutables parce qu’il s ont le mérite
d’être vérifiables
A. BENDRIS
Militant du CGT-E
Elu titulaire au CE Dalkia IDF
PS : dernière minute, l’Inspectrice du travail vient de refuser le licenciement de la salariée du CE, pour les raisons que j’évoque
dans ce courrier.
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